19 août 2015

Nous avons traversé l’été de force avec nos épaules et nos mains, bravant l’heure bleue inversée et les matins de famine heureuse. Je suis fier de nos corps-poèmes encore debout sur les balcons en déséquilibre. L’amour continue de nous surprendre derrière les murs de briques rouges, les cimetières et les ruelles meurtrières. Il faut continuer d’avancer vers les saisons nouvelles avec la tendresse enragée des arbres centenaires. Nous ne sommes pas seul.es. Je le répète: nous ne sommes pas seul.es. À Québec, à Montréal, à Drummondville, partout où il y a des poètes, il y a cette urgence d’écrire un monde nouveau où l’argent n’est pas une fatalité de tarentules. C’est impossible de surconsommer la beauté ou le bonheur d’être entouré de poésie. Malgré des nuits plus noires que les gorges des chats et toujours le fleuve déchiqueté, j’ai confiance au pouvoir de la parole et aux lèvres multipliées du désir. Construisons ensemble des murs, des maisons de la poésie à l’abri des viols répétés des fleurs. Demain sera intense et vrai si seulement on se donne le droit d’exister.

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19 août 2015, napkin

Le ciel est tombé avec tes lèvres, couleur rouge de promesses parmi les fruits épars. Le vent glisse sur ta main tendue vers l’espérance d’un arbre à chanson. Tu dors? Les marguerites le savent, mais ne disent rien. Tu te tais par imitation. Les mots dans la neige, la rage aux sourcils, ta langue cherche le chemin des commencements. Partir ou bien mourir, la question se perd avant de se poser. L’oiseau chuchote sur la branche et endort les chats errants. Fin des ruelles bleues.

3 août 2015

c’est une journée de langueur heureuse
nos corps nus sur la plage
se rapprochent lentement
dans cette chaleur des premières fois

tu déambules sur ma peau noire
avec le consentement des montagnes
(tu peux tout me faire si c’est vrai)

je te fixe avec la force des soupirs
tu glisses sur moi
accompagnée de la beauté du monde
tes bras de statue contemplent mes désirs

fais-moi la poésie
encore et encore
courons derrière les choses
trouver la paix des oranges
le plaisir dans le sable
l’urgence de nos lèvres n’est pas une question
mais un commandement à respecter
sagesse des arbres centenaires

mes seins pointent vers les nuages
pendant que tu les bois
je pense aux hélicoptères qui s’écrasent
dans le Grand Canyon
avec grâce et émerveillement

nous sommes les exploratrices du quotidien
à la recherche d’intensité
nos illusions vite remplacées
par des orgasmes en série
des chaînes de tendresse
demain goûtera la neige
les printemps en déconstruction

je m’ennuie de toi depuis avant ta naissance

2 août 2015

l’été cache les paupières
les corps fragilent ondulent
comme des oiseaux de soie
sous des pluies incertaines

les mains se croisent en silence
s’échangent des petits mots pliés
dessins à l’encre bleue
désirs à accomplir encore

les visages multipliés s’espèrent
ciels allongés d’oranges
que de glissements à parcourir, caresser
l’amour se découvre dans l’herbe

les ventres remplis de chenilles
s’envolent vers des rivages glacés
seront-ils heureux la nuit?
dans la poussière, quoi attendre, espérer?

31 juillet 2015

hier c’était Québec et ses nuits blanches
« les lèvres qui offrent tous les paysages »
les confidences de salons
les balcons qui penchent
sur les chats sauvages

hier c’était les cigarettes sociales
les petites dépressions
les bouteilles vides
(dis-moi ta posture
je te dirai la mienne)

demain nous pourrons dire avec assurance
c’était un bel été
pour être ensemble
la plus belle des misères
c’est d’aimer