Aller derrière les choses, 25 août 2015

Je viens d’une génération de poètes disparus et de suicides ratés. Les fleurs poussent croche, mais les corps continuent de s’accrocher aux poteaux électriques les nuits de fatigue heureuse et d’alcool mégalomane. Est-ce que l’amour est mort me demande une amie avant de s’écraser à terre avec son verre de vin à moitié vide de rêves brisés. Je ne sais plus quoi répondre aux regards trop tristes partis avec l’eau du bain. Le mirage de l’ère postmoderne donne envie de se rouler au milieu de la rue pendant l’heure de pointe avec les clochards célestes et les chats aplatis. Il faudrait écrire des poèmes sur les murs des écoles au lieu de marcher en rangs d’oignons et de couches à changer. Rouler en bicyclette jusqu’à l’épuisement des sexes usés par l’accumulation des mains chargées de bagues en faux diamants. Les horloges n’indiquent plus les heures qui passent, mais plutôt les distances entre les têtes et les aspirations des cœurs de pommes vidés. Aller derrière les choses devient un acte de survie dans une société où le kitsch emprisonne et torture les gens. Je crois au pouvoir de la beauté qui se cache dans les poches trouées de nos pantalons trop grands. Nous avons cessé de grandir quand Peter Pan est devenu un concept pour décrire la souffrance des appareils photo jetables. Je ne sais pas si le secret du bonheur existe ou s’il faut l’inventer. La prochaine fois que vous irez au cinéma, ne regardez pas le film, regardez plutôt les gens cachés derrière l’écran et le popcorn désincarné. Ma seule certitude réside dans la langueur des orages et des rencontres improvisées de dépanneur. La fiction dépasse la réalité depuis la construction des phrases télescopiques enroulées d’étoiles. Qui veut jouer avec la lune?

25 août 2015

Les circonstances des astres ralentissent le vol des bernaches. Elles se posent sur l’herbe dans l’attente d’une célébration lumineuse. Le vent endort les maisons de papier. Pourquoi les roses meurent d’envie? Cette lamentation détourne les yeux de l’essence des roches. L’espérance naît du désordre de la saleté.

22 août 2015, instantané

Nous partageons la passion des soupirs et des caresses sous les arbres. Les fruits déjà mûrs ne suffisent plus. Il faut marcher ensemble, longtemps. Boire toute l’eau des rivières avec les algues. Rire des pommes et des oranges. La poésie commence aux promesses de nos corps entrecroisés. Allons derrière les montagnes cueillir les sourires de demain et les plaisirs complices au goût de plaines.

19 août 2015

Nous avons traversé l’été de force avec nos épaules et nos mains, bravant l’heure bleue inversée et les matins de famine heureuse. Je suis fier de nos corps-poèmes encore debout sur les balcons en déséquilibre. L’amour continue de nous surprendre derrière les murs de briques rouges, les cimetières et les ruelles meurtrières. Il faut continuer d’avancer vers les saisons nouvelles avec la tendresse enragée des arbres centenaires. Nous ne sommes pas seul.es. Je le répète: nous ne sommes pas seul.es. À Québec, à Montréal, à Drummondville, partout où il y a des poètes, il y a cette urgence d’écrire un monde nouveau où l’argent n’est pas une fatalité de tarentules. C’est impossible de surconsommer la beauté ou le bonheur d’être entouré de poésie. Malgré des nuits plus noires que les gorges des chats et toujours le fleuve déchiqueté, j’ai confiance au pouvoir de la parole et aux lèvres multipliées du désir. Construisons ensemble des murs, des maisons de la poésie à l’abri des viols répétés des fleurs. Demain sera intense et vrai si seulement on se donne le droit d’exister.

19 août 2015, napkin

Le ciel est tombé avec tes lèvres, couleur rouge de promesses parmi les fruits épars. Le vent glisse sur ta main tendue vers l’espérance d’un arbre à chanson. Tu dors? Les marguerites le savent, mais ne disent rien. Tu te tais par imitation. Les mots dans la neige, la rage aux sourcils, ta langue cherche le chemin des commencements. Partir ou bien mourir, la question se perd avant de se poser. L’oiseau chuchote sur la branche et endort les chats errants. Fin des ruelles bleues.